Rencontre avec une pieuvre : le fascinant caméléon des mers

Lors de mes vacances à Minorque, la nature m’a de nouveau fait un beau cadeau, et c’est ainsi que j’ai eu la chance de rencontrer l’une des créatures les plus fascinantes de la mer !
Qui suis-je ?

Je suis le poulpe commun, plus communément appelé pieuvre. Petite anecdote au passage : le mot « pieuvre » n’existait pas avant que Victor Hugo l’invente dans Les Travailleurs de la mer, pour décrire un monstre marin inspiré de moi !
Mon vrai talent, c’est de changer de couleur et même de texture de peau en un instant, grâce à des cellules spéciales, ce qui me permet de me fondre dans mon environnement et de communiquer, un peu comme les caméléons. Je n’ai pas de squelette, ce qui me permet de me faufiler dans n’importe quelle cavité rocheuse, même si mes tentacules déployés peuvent mesurer jusqu’à 1 mètre de long.
Je me déplace en marchant sur mes bras, mais je peux aussi nager par propulsion si je dois fuir, voire libérer un nuage d’encre noire pour échapper à un prédateur. Et si je perds un bras dans l’aventure, pas de panique, il repousse !
Je chasse surtout la nuit, en capturant crabes et coquillages grâce à un venin qui les paralyse, inoffensif pour l’homme. Murènes, congres, dauphins et phoques comptent parmi mes prédateurs, mais mon plus grand danger reste l’homme, qui me pêche beaucoup en Méditerranée.
On dit aussi que je suis l’un des animaux les plus intelligents de l’océan, capable de résoudre des problèmes, de mémoriser des solutions, et même de jouer.
Ma vie ne dure qu’entre 1 et 2 ans, et elle se termine peu après la reproduction : la femelle pond plusieurs centaines de milliers d’œufs, qu’elle garde jusqu’à l’éclosion sans s’alimenter, avant de mourir d’épuisement. Le mâle, lui, décline peu à peu après s’être reproduit.
Mais si tu veux vraiment me connaître et tomber amoureux de moi comme l’autrice de cet article 😉, je te conseille de regarder le magnifique documentaire La Sagesse de la pieuvre (My Octopus Teacher).
Où me trouver ?

On me trouve dans les eaux tempérées et tropicales du monde entier, mais j’abonde particulièrement en Méditerranée et sur la façade Atlantique. Je vis sur les fonds rocheux et dans les herbiers, de la surface jusqu’à environ 100 mètres de profondeur, bien que je préfère rester proche des côtes.
Je suis plutôt solitaire et territorial : je ne tolère pas la présence d’un autre poulpe à moins d’une trentaine de mètres de mon repaire, sauf au moment de la reproduction. Le meilleur moyen de me repérer, c’est de chercher les petits tas de coquillages et de cailloux que j’accumule devant l’entrée de ma cachette, je suis en effet très coquet 😉. C’est d’ailleurs souvent bien plus facile de trouver ma « maison » que de me voir moi-même, expert en camouflage !
Minorque est réputée pour ses herbiers de posidonie et abrite même une réserve marine au Nord classée par l’Unesco. Tu as donc de grandes chances de me voir sur cette île. Les photos de moi que vous verrez ici ont d’ailleurs été prises à quelques mètres du bord, le long des plages du village de Sant Tomás, sur les fonds rocheux.
Si vous avez la chance de me croiser, s’il vous plaît, ne me dérangez pas et ne cherchez pas à me faire sortir de mon trou ! Gardez vos distances et observez-moi sans vous attarder trop longtemps. Sachez que produire mon nuage d’encre est mon ultime moyen de défense, alors si je suis obligé de l’utiliser parce qu’on m’a trop stressé, je me retrouve sans protection pour le vrai danger qui pourrait suivre.
Pachacamac, mon amie sous-marine

C’est en faisant du snorkeling que mon regard s’est arrêté sur un étrange amas de cailloux multicolores, posé sur les rochers. Intriguée, je me suis approchée doucement, et j’ai découvert une petite cavité, un tentacule qui en dépassait, puis un œil qui m’observait fixement. Je venais de tomber, sans le savoir, sur la « maison » d’une pieuvre !

Je suis revenue la voir à plusieurs reprises, et je l’ai baptisée Pachacamac, en référence à Tintin et au soleil brûlant de Minorque 😉. Pour la remercier, je lui ai offert plusieurs fois des cailloux, ramassés sur la plage parmi les plus jolis, spécialement pour elle, et déposés à côté de sa cachette. Quel bonheur, quelques jours plus tard, de voir que Pachacamac avait ramené dans sa maison l’un de mes cadeaux (une petite pierre rouge). Visiblement, je n’avais pas si mal choisi 😉.

J’ai même été témoin d’un phénomène extraordinaire et à la fois triste, quand j’ai aperçu un nuage d’encre se former sous l’eau. C’était malheureusement le résultat d’un nageur qui venait de la déranger, en essayant de la faire sortir de son trou… Au fil de mes sorties en snorkeling, j’ai fini par repérer d’autres « maisons » et leurs occupants, toujours grâce à leurs décorations si caractéristiques 😊.
Mais c’est le dernier jour des vacances que j’ai eu la chance de la voir enfin en mouvement. D’abord posée sur un rocher, puis en pleine balade, marchant et nageant tranquillement entourée de poissons. La voir se déplacer, changer de couleur et de forme sous mes yeux était tout simplement fabuleux. Un moment extraordinaire !


C’est surtout en regardant mes photos, que j’ai pris pleinement conscience de son incroyable capacité à se transformer : couleurs et formes changeantes avec parfois des petits pics qui apparaissaient sur sa peau. Il est même difficile de croire, en comparant certaines photographies, qu’il s’agit bien du même animal !
Cette rencontre avec ma Pachacamac 😊 restera, sans hésiter, le plus beau souvenir de mon séjour à Minorque. Une rencontre qui m’a définitivement fait tomber sous le charme de ces incroyables créatures.

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