Sur la trace des bœufs musqués en Norvège

Lors de mon dernier voyage en Norvège (voir article), j’avais hésité à aller voir les bœufs musqués, mais le temps de route m’en avait dissuadé… Toujours attirée par ces magnifiques meuh-meuh préhistoriques, j’ai profité des couleurs magiques de la toundra norvégienne, en automne, pour partir à leur recherche.
Qui suis-je ?

Je suis le bœuf musqué, un véritable survivant de la préhistoire. Avec ma fourrure épaisse et laineuse, je suis parfaitement adapté aux climats nordiques et capable de résister aux températures extrêmes de la toundra. Je suis imposant : je peux atteindre 1,5 m au garrot et peser jusqu’à 400 kg. Mes cornes massives en croissant, présentes chez les mâles comme chez les femelles, me servent à me défendre et à imposer ma place dans le troupeau, dans lequel je vis avec d’autres individus. Nos troupeaux peuvent compter de 10 à 30 individus dont la composition diffère selon la saison. Comme vous, mon petit se développe dans mon ventre pendant 9 mois, par contre il ne reste à mes côtés que les deux premières années de sa vie 😉. Il est néanmoins relativement autonome dès l’âge de deux mois, capable de trouver l’essentiel de sa nourriture, qui se compose principalement de lichens et d’herbes de la toundra. Pour communiquer, nous utilisons des grognements, cris et souffles puissants, qui permettent d’avertir les autres membres du troupeau, de signaler une menace ou de maintenir la cohésion du groupe. Autrefois disparu de Norvège, j’ai été réintroduit dans le parc du Dovrefjell-Sunndalsfjella, mais on me trouve aussi en Alaska, au Canada, au Groenland et en Sibérie.
Si vous avez la chance de me trouver, respectez une distance de sécurité d’au moins 200 mètres, car je peux courir jusqu’à 60km/h.
Où me trouver ?
Si tu veux me rencontrer en Norvège, il n’y a qu’un seul endroit où je vis encore à l’état sauvage : le parc national du Dovrefjell-Sunndalsfjella (sur la route E6, entre Oslo et Trondheim). Bonne nouvelle, je suis présent toute l’année, mais malgré ma taille je ne suis pas si simple à trouver. C’est en parcourant le sentier du bœuf musqué (Musk Ox trail), que vous aurez de bonnes chances de m’apercevoir. Plusieurs circuits sont possibles, selon votre envie de marche. Vous pouvez aussi faire un détour jusqu’au point de vue de Høgsnyta (1 320 m d’altitude), où je suis souvent observé. Attention, vous ne pouvez me rencontrer que du côté ouest de l’autoroute E6 (la partie gauche sur la carte).

Si vous le souhaitez, il existe également des excursions accompagnées d’un guide qui a l’habitude de me repérer. Dans tous les cas il vous faudra de la patience, de bonnes jambes 😉 et peut-être plusieurs tentatives pour avoir la chance de me voir. Sachez aussi que je partage ce territoire avec d’autres adorables habitants : rennes sauvages, élans et renards arctiques… autant de raisons de venir explorer le parc !

Vous pouvez accéder au parc en voiture ou en train, la gare se trouvant directement sur le sentier. Il existe plusieurs parkings le long de la route E6, un seul est gratuit: celui situé au niveau du jardin botanique, juste après l’hôtel Kongsvold Fjeldstue.

Sur la piste d’un animal préhistorique
Le lendemain de notre arrivée, nous avons décidé de partir en fin d’après-midi dans le parc du Dovrefjell. Nous avons choisi de faire la petite boucle de 5,2 km, en partant de l’hôtel Kongsvold Fjeldstue et en revenant par la gare. Les deux premiers kilomètres montent constamment à travers une forêt de bouleaux, avant d’arriver sur le plateau désertique, dans une toundra magnifique colorée par l’automne.

C’est là que nous avons commencé à chercher ces magnifiques colosses. Le plus difficile a été de choisir le chemin à prendre, mais nous avons décidé de continuer la boucle.
Nous avons scruté chaque recoin avec nos jumelles, observé les gens au loin pour voir s’ils apercevaient quelque chose et repéré de nombreuses traces de leur présence : crottes, empreintes… mais point de bœufs à l’horizon.
Nous avons commencé à monter jusqu’au point de vue de Høgsnyta, mais nous avons finalement rebroussé chemin, épuisés par notre longue randonnée matinale. La descente par l’autre sentier, jusqu’à la gare, a été très dure avec la fatigue : le chemin est étroit et accidenté. Nous avons recroisé un charmant couple de Québécois, partis en même temps que nous mais par un autre itinéraire. Eux non plus n’avaient pas aperçu de bœufs musqués. Cette première tentative nous a surtout permis de repérer le terrain et de préparer notre seconde expédition, avec un peu plus de stratégie 😉.
Une petite parenthèse : le parc est absolument sublime, surtout avec les couleurs automnales. C’est sauvage, immense, et ça donne vraiment envie de venir y faire un trek ! Nous avons d’ailleurs croisé plusieurs personnes qui bivouaquaient dans le coin.


Le moment magique
Deux jours plus tard, nous étions de retour mais cette fois juste après le lever du soleil. Nous avons décidé de monter et redescendre par le même sentier (celui qui part directement en face de l’hôtel) afin de garder notre énergie pour explorer le plateau ! La montée, à nouveau, s’est faite au milieu des bouleaux et des teintes flamboyantes de l’automne.

Arrivés en haut, nous avons quitté le Musk Ox Trail pour avancer tout droit, sans raison précise, simplement parce que ce coin m’appelait. Je m’étais préparée à chercher pendant des heures… mais après quelques mètres seulement, trois taches sombres se sont mises à bouger au loin. J’ai d’abord vérifié dans l’objectif, un peu incrédule, avant de laisser éclater ma joie : ils étaient là ! Deux adultes et un petit 😊.

Comme nous étions très loin, nous avons décidé de nous rapprocher, c’est fou comme je peux avancer vite quand je suis motivée 😉. Nous les avons contourné à distance et nous nous sommes assis pour les observer. De leur côté ils ont continué à avancer puis se sont allongés dans la toundra pour une sieste 😊.


Finalement le froid a eu raison de nous et il a fallu les quitter le cœur serré mais comblé. C’est tout euphorique de cette rencontre que nous sommes tranquillement redescendus à la voiture.
Équipement :
Le plateau étant désertique et en hauteur, il n’y a aucune protection contre le vent. Même si la météo semble douce, prévoyez des affaires chaudes : nous avons eu très chaud en montant, mais en haut le froid se fait vite sentir. Prenez aussi de bonnes chaussures de marche, car ça grimpe et il y a pas mal de kilomètres à faire.
Observation :
J’ai été surprise de constater que le moindre relief suffisait à les cacher complètement. Par exemple, quand nous les avons contournés, nous ne les apercevions plus du tout, et les randonneurs montant au point de vue ne les voyaient pas, alors qu’ils étaient juste en contrebas à quelques centaines de mètres.
Matériel : Si possible, prévoyez un bon zoom, car la distance d’observation est importante. Mon objectif 100-300 mm n’était pas encore assez suffisant pour faire les photos que je souhaitais, raison de plus pour revenir 😉.

